septembre 25 2002
Appui du président de la CECC
Non à la guerre contre l'Iraq clame le Conseil canadien des Églises
Le 25 septembre 2002
Le Très Honorable Jean Chrétien
Premier Ministre du Canada
Chambres des Communes
Ottawa, Ontario, Canada K1A 0A2
Cher Premier Ministre Chrétien,
Au cours des derniers mois et des dernières
semaines, l’idée d’une nouvelle intervention en Iraq a connu
une progression fulgurante. La pression en faveur d’un
affrontement continue à augmenter, en dépit des appels au calme
lancés par plusieurs personnes, dont vous faites partie. La
clameur des tambours de guerre menace d’estomper à la fois loi
et compassion; la population est tentée de conclure qu’une
autre guerre du Golfe est désormais inévitable.
Nous vous écrivons, en tant que dirigeants
responsables de plusieurs communautés chrétiennes du Canada,
afin d’affirmer haut et fort qu’il faut dire NON à une telle
guerre. L’heure est à la diplomatie intense et aux négociations
entre individus, non aux missiles et aux bombardements. L’heure
est particulièrement propice au multilatéralisme : le monde a désespérément
besoin de la sagesse émanant de toutes les régions pour
clairement comprendre les pleines conséquences des choix qui
s’offrent à nous. Il est évident que la planète est aux
prises avec une situation dangereuse, en Iraq et dans la région
du Moyen-Orient en général. Cependant, face à ces graves problèmes,
l’approche non militaire et conciliatrice est non seulement
imaginable et possible, mais aussi infiniment préférable à la
guerre.
Vous avez insisté avec raison, monsieur le
premier ministre, pour qu’il soit démontré que l’Iraq est en
possession et compte faire usage d’armes biologiques, chimiques
ou nucléaires avant d’élaborer et de mener toute intervention
internationale prudente par le biais des Nations Unies. Dans un
contexte où les préoccupations sont pressantes mais où la
situation sur le terrain reste imprécise, l’inspection des
armements en Iraq par des instances internationales demeure la
seule avenue à privilégier. Il pourrait être utile que l’ONU
adopte une résolution décrivant en détails les mesures à
prendre, l’échéancier des opérations et les conséquences du
refus d’obtempérer, en autant que les critères choisis ne
fassent pas en sorte qu’il devienne pratiquement impossible pour
l’Iraq de se plier à ces demandes. Si tel était le cas, une résolution
des Nations Unies ne constituerait qu’une méthode voilée pour
procéder à une intervention, qui serait multinationale mais
demeurerait injuste.
Le gouvernement iraquien a formellement invité
l’équipe d’inspecteurs des Nations Unies à revenir en Iraq.
Toutefois, il se trouve certaines personnes pour affirmer que
cette invitation n’est qu’un stratagème insignifiant et
qu’il n’y a aucun intérêt à négocier avec Saddam Hussein.
Nous ne comprenons pas comment on peut éviter
la catastrophe en l’absence de véritables négociations. À
moins que les parties en cause s’engagent dans un dialogue, les
voies de la paix resteront bloquées. De plus, les négociations
ne peuvent mener à l’ouverture des esprits et la formulation de
solutions si l’univers est divisé au départ entre deux camps
distincts, le bon et le mal, « notre » côté étant
exclusivement bon. Une telle approche, en plus de contrevenir au
sens chrétien de péché et de grâce, révèle une arrogance qui
ne peut qu’exacerber les sentiments de colère et d’hostilité.
Nous implorons le gouvernement canadien de maintenir le dialogue
avec les parties en cause et d’insister pour que tous soient
considérés comme des semblables, dotés de dignité humaine et
jouissant de droits humains.
Une nouvelle guerre du Golfe serait injuste
d’abord en raison de la souffrance qui serait conséquemment
infligée à la population iraquienne, qui a déjà si amèrement
souffert. Au cours de la dernière décennie, nos collègues chrétiens
de cette région nous ont fréquemment demandé de sensibiliser
nos propres populations aux torts causés par les sanctions
internationales à la santé, l’éducation, au travail et
l’espoir des hommes, des femmes et particulièrement des enfants
iraquiens. Récemment, ces mêmes collègues nous ont supplié de
nous prononcer et d’agir face à la menace d’une autre guerre.
« Si un membre souffre, tous les membres
partagent sa souffrance». La maxime est d’origine biblique mais
relève également de la simple expérience humaine. Nous,
occidentaux, devront répondre devant les générations à venir
et le Créateur des dommages que nous acceptons d’infliger au
nom de la sécurité. Les onze dernières années de sanctions en
donnent un bon exemple : les sanctions imposées n’ont pas eu
pour effet de réduire l’étau oppressant du régime de Saddam
Hussein. Ce sont les citoyens ordinaires et innocents de l’Iraq
qui ont subi l’impact des sanctions. La communauté
internationale a déjà trop longtemps retardé son action contre
les dommages infligés en son nom.
Bien sûr, Saddam Hussein et son gouvernement
sont également responsables de la souffrance des iraquiens. Les
politiques belligérantes et impitoyables du régime affligeaient
déjà le peuple iraquien bien avant l’imposition des sanctions
internationales. Il ne fait aucun doute que plusieurs citoyens
iraquiens souhaitent ardemment que le régime politique change.
C’est pourquoi il est d’autant plus saisissant que les voix en
provenance de ce pays et de cette région nous demandent d’empêcher
la mise en place d’un nouveau régime par une intervention
violente de l’exterieur.
Nous demandons instamment au gouvernement du
Canada de continuer à croire qu’une approche conciliatrice à
la question iraquienne, conforme au droit international et basée
sur le bien commun du peuple iraquien, peut être élaborée, peut
porter fruit et peut prendre le pas sur l’actuel sentiment
fataliste face à la guerre dans les négociations internationales.
Dans une telle perspective, toutes les nations
devraient être pressées de se conformer au droit international
et aux résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU. L’Iraq
n’est pas le seul pays à contrevenir à ces résolutions. De
plus, cette approche devrait ultimement viser à débarrasser
toute la région des armes de destruction massive. Elle devrait également
prévoir des mesures de contrôle des armes conventionnelles
pour endiguer le flot d’armes qui inonde les pays voisins. Une
nouvelle approche pourrait également reconsidérer les
obligations de compensation imposées à l’Iraq après la guerre
du Golfe et prendre en considération le fardeau de la dette
iraquienne. Il est essentiel d’entretenir un espoir économique
dans la société iraquienne, sinon les citoyens ne retrouveront
jamais l’énergie requise pour reconstruire leur pays ou changer
de gouvernement. Le monde devrait éviter de répéter les erreurs
commises lors du règlement avec l’Allemagne après la Première
Guerre mondiale.
Il ne fait aucun doute que la paix en Iraq et au
Moyen-Orient demeure un objectif spectaculairement difficile à
atteindre. Bien des gens désespèrent de la cause, mais bien
d’autres encore persistent à travailler pour la paix. Ce sont
surtout les bâtisseurs de paix qu’on appelle les enfants de
Dieu. Le monde a été créé pour la paix et non pour la guerre.
Il s’agit là d’une déclaration de foi. Vivre selon ce
principe et agir politiquement sur la base de cette vérité
constituent des gestes infiniment fructueux.
Le psaume 72, d’où est extraite la devise
nationale du Canada (A mari usque ad mare) reconnaît la réalité
de la lutte et du conflit dans un monde où « le pauvre et le
faible » doivent être défendus contre « la brutalité et la
violence ». On y réclame un chef qui apportera une véritable
paix : « En ses jours le juste fleurira, et il y aura abondance
de paix, jusqu'à ce qu’il n’y ait plus de lune».
Nous souhaitons, monsieur Chrétien, que vous et
vos collègues récoltiez les fruits du noble travail de bâtisseurs
de paix et que vous en goûtiez les bénédictions.
Recevez, Monsieur le Ministre, nos respectueuses
salutations.
Dirigeants des églises:
Le Vén. Jim Boyles
Secrétaire Général
L’Église anglicane du Canada
L’archevêque Hovnan Derderian
Primat
Le diocèse canadien de l’Église arménienne
Le Rév. Dr. Kenneth Bellous
Ministre exécutif
La Convention baptiste de l’Ontario et du Québec
Jacques Berthelet, C.S.V.
Évêque de Saint-Jean-Longueuil
Président
Conférence des évêques catholiques du Canada
John Calder
Clerc
La Réunion annuelle canadienne de la Société religieuse des
Amis
Rev. F. Tom Rutherford
Ministre regionale
Eglise Chretienne (Disciples du Christ) au Canada
Le Rév. Messale Engeda
L’Église éthiopienne orthodoxe Tewahedo
Rev. Raymond Schultz
Évêque national
Église évangélique luthérienne au Canada
Dan Nighswander
Secrétaire général
Église Mennonite Canada
L’évêque Seraphim
Évêque d’Ottawa et Canada
L’Église orthodoxe en Amérique
Père Anthony Nikolic
L’Église catholique nationale polonaise du Canada
Le Rév. J. Mark Lewis
Moderateur, 128eme assemblée générale
L’Église presbytérienne au Canada
Son Éminence l’archevêque métropolitain
Sotirios,
Église orthodoxe grecque de Toronto (Canada)
Son Éminence l’archevêque métropolitain
Wasyly Fedak
L’Église orthodoxe ukrainienne du Canada
Le Très Rév. Dr Marion Pardy
Moderateur
L’Église unie du Canada
Rev. Siebrand Wilts
Clerc, Synode régionale au Canada
L’Église réformée en Amérique
Agences œcuménique:
Dr. Walter Pitman, O.Ont, O.C.
Président
Project Ploughshares
Jane Orion Smith
Président
KAIROS: Initiatives canadiennes œcuméniques pour la justice
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